La rencontre

Publié le 11 Juillet 2013

B1

Bonjour à tous !

Je reviens enfin vers vous pour vous raconter notre aventure de mardi avec notre rencontre avec Lilie-Rose.

Tout notre temps est consacré à nos deux enfants et il n’est pas aisé d’en trouver un peu plus pour écrire. Mais j’y tiens car je sais que cela peut servir pour d’autres adoptants mais je souhaite aussi que Lilie-Rose ait une trace de cette difficile journée.

On dit souvent qu’un enfant adoptif est un survivant et je le confirme.

Il doit survivre à une grossesse souvent difficile et peut-être non souhaitée, il doit survivre à un accouchement certainement dans de difficiles conditions, il doit survivre à 17 jours avec sa mère biologique (on ne sait pas dans quelles conditions), il doit survivre à un abandon sur le pas d’une porte d’orphelinat (et combien d’heures doit-il attendre dans le noir et la nuit avant qu’on ne vienne enfin le chercher), il doit survivre plus de deux années de vie dans un orphelinat où certes il aura un toit, à manger, un lit mais aura t-il assez d’amour, d’attention, de nourriture et enfin, il doit survivre à une adoption, un arrachement, une rencontre avec des personnes étrangères, une langue différente de la sienne, des personnes qui ne savent pas ce qu’il veut, qui ne savent pas le comprendre.

Notre Lilie-Rose a survécu à tout cela.

C’est une survivante.

Elle a déjà affronté tant d’épreuves au cours de ses 2 années et demie de vie d’enfant. Il doit y avoir tant de choses dans cette petite tête dont je n’ose même pas songer…

Une chose est sûre, c’est que je sais que, désormais, une nouvelle vie s’ouvre à elle avec une famille qui l’aime depuis 3  longues années, des amies, des proches, tout un village, une Maison, une belle chambre, tout un monde rien que pour elle qui l’attend avec impatience pour la rendre heureuse.

C’est ça que je veux désormais : lui rendre tout le bonheur qu’elle mérite, celui qu’elle n’a pas eu, celui qu’il faut lui donner et qu’elle aura !

 

Je dis toujours que l’être humain à la faculté d’oublier les mauvais moments.

J’avais oublié comme c’était dur d’aller chercher son enfant dans un orphelinat. J’avais oublié cette triste réalité. J’avais oublié le regard triste de mon fils à l’orphelinat. J’avais oublié ses pleurs lors de l’arrachement à son environnement. J’avais oublié son désespoir de se retrouver perdu dans d’autres bras.

 

J’ai revécu ses moments avec Lilie-Rose...

 

Nous avions rendez-vous à 9 heures en bas de l’hôtel avec notre correspondante Madame TUYET. Elle était accompagnée de son assistante.

Chaque famille avait réuni du lait, des biscuits, des bonbons pour offrir aux enfants de l’orphelinat. Nous avions également nos papiers pour enchaîner ensuite les visites dans les administrations ainsi qu’un petit sac de lange pour les enfants, nos enfants.

Nous nous partageons deux taxis.

Le trajet est interminable pour moi dans le taxi. Les larmes coulent toutes seules car je sais que ce moment restera indélébile et qu’il ne sera pas forcément facile à vivre. Je réalise également tout ce qu’implique ce trajet pour moi, mon époux, mon fils Gaston, ma fille Lilie-Rose et Manou.

Le taxi s’arrête enfin dans un quartier éloigné du centre. Pas forcément engageant.

B2

Nous passons à droite dans une ruelle. Gaston est dans mes bras et regarde en silence.

On nous installe dans une salle et on me tend une tasse de thé semble t-il.

Ce n’est vraiment pas le moment !

Gaston s’assoie sur une chaise et une dame entre.

B3

Elle se présente à Madame TUYET qui nous traduit. Elle était l’une des nounous de Gaston dans son orphelinat. Grand silence. Gaston ne dit rien. Il semble gêné et regarde la dame sans trop savoir quoi faire.  Elle lui sourit, parle. Gaston nous rejoint.

On nous demande de venir.

Nous demandons à Manou de garder Gaston.

Nous rentrons dans la cour de l’orphelinat et  montons un escalier.

Sur la gauche, j’aperçois une pièce où des bébés attendent qu’on s’occupe d’eux.

Dans une autre pièce, je vois une petite fille qu’on prépare, qu’on habille et qui pleure.

Je comprends et mon cœur se serre.

On nous demande de retirer nos chaussures et de rentrer dans une pièce de 30 m2 environ.

Une vingtaine d’enfants sont dispersés dans cette pièce. Un bébé se précipite vers moi et s’agrippe à ma jambe. La nounou est rentrée avec la petite fille habillée d’une jolie robe noir et or. Elle pleure. La nounou lui parle. Le bébé continue de m’agripper et je ne perds pas du regard la petite fille qui pleure. C’est ma fille. Je le sais. Je le sens. La pauvre. Je me penche et enlace le bébé qui me serre très fort. Pendant que je me suis baissée, un autre a eu le temps d’arriver vers moi. J’aperçois en me penchant d’autres enfants couchés par terre, d’autres qui marchent. J’ai aussi le temps de voir Alban, mon époux qui a un bébé dans les bras et qui me regarde l’air interrogatif avec un geste vers la petite fille. Il a compris aussi.

On me fait sortir en me demandant de remettre mes chaussures et on me tend la petite fille qui hurle et s’agrippe à sa nounou. Elle lui est arrachée.

B4

Elle hurle en tendant les bras vers la nounou.

La nounou me fait signe de la main pour que je marche dans le couloir.

Je me sens impuissante et je sais que je ne peux rien faire.

J’essaie de la bercer mais rien n’y fait.

 

B5

Alban la prend quand ses hurlements me sont trop difficiles.

Nous redescendons.

Je reprends Lilie-Rose dans mes bras et une nounou me demande de sortir dans la rue pour la calmer. Elle hurle.

Je rentre dans l’orphelinat au bout de 10 minutes à la bercer sans succès.

Une nounou prend Lilie-Rose dans ses bras et semble la disputer en me désignant : Maï ! Dit-elle sans arrêt.

On me la redonne.

Tout cela me semble être une éternité. Je veux partir.

En fait, seulement 3O minutes se sont écoulées avant qu’on ne nous fasse signe de monter dans un taxi.

Je monte dans le taxi, Lilie-Rose désespérée et hurlante, les bras tendus en avant.

VIOLENT !

Cette rencontre est tellement violente !

B6

Une fois que le taxi est dans la rue, Lilie-Rose regarde les voitures qu’elle n’a sans doute jamais vues et se tait d’un coup.

Nous arrivons devant un bâtiment : le Comité Populaire de Ho Chi Minh où a lieu l’adoption officielle de Lilie-Rose. Elle ne dit plus rien dans mes bras jusqu’à ce qu’on nous appelle pour signer le registre. Gaston en profite pour se glisser sur mes genoux près de sa petite soeur qu'il adore déjà !

B7

La directrice de l’orphelinat est là. Lilie-Rose se remet à pleurer en la voyant en tendant les bras.

Nous signons, nous nous laissons prendre en photo mais je me sens dans un état second. Je n’ai plus qu’une envie : rentrer à l’hôtel pour apaiser Lilie-Rose.

B8

 

B9

Nous sortons enfin mais Lilie-Rose hurle en tendant les bras devant chaque vietnamienne. L’une d’entre elle la prend dans ses bras à mon grand désespoir. Elle lui donne à boire. Lilie-Rose cesse de pleurer. Notre taxi nous attend. Madame TUYET nous demande de monter et je dois arracher Lilie-Rose à l’inconnue. Ma fille hurle dans le taxi.

Nous repartons direction le service de l’immigration avec une Lilie-Rose hurlante.

B10

Dans la salle d’attente, elle s’apaise un peu, pas longtemps. Elle nous laisse juste le temps de sortir nos papiers ainsi que ceux que Madame TUYET a récupéré à l’orphelinat. Nous faisons la demande de visa de Lilie-Rose. Il sera prêt le 18 juillet. Madame TUYET se chargera de le récupérer pour nous laisser davantage de temps avec les enfants au bord de la mer.

Nous repartons pour l’hôtel. Enfin. Lilie-Rose s’apaise dans mes bras et s’endort. Je réaliser alors comme elle est belle cette petite fille brisée.

B11

Nous arrivons.

B12

Lilie-Rose se réveille en criant.

A l’hôtel, je ne demande pas mon reste et avec ma petite fille hurlante qui tend les bras à toute personne bridée ou ressemblant à une vietnamienne, je cours presque m’enfermer dans notre chambre avec Gaston.

Manou m’a suivi et c’est vers elle que Lilie-Rose tourne son regard triste et apeuré. Elle arrive à la calmer mais ne veut plus de moi.

Alban nous rejoint.

Entre temps, Madame TUYET est revenue dans notre chambre pour réserver avec nous notre hôtel du lendemain.

Les femmes de ménage sont dans la chambre qu’elles n’ont pas terminé de nettoyer.

Alban est exténué par ces va-et-vient dans notre chambre et les cris de Lilie-Rose. Je ressens le besoin de calme pour m’apaiser.

Madame TUYET part.

Les femmes de ménage aussi.

Manou va se reposer dans sa chambre, me laissant une petite fille hurlante (encore !) dans les bras.

Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais plus quoi faire.

Je la pose sur le lit.

Surprise.

Elle se tait.

Ouf !

Nous sommes épuisés et retournés par cette matinée.

Lilie-Rose semble perdue, pleine d’un immense chagrin.

Nous la couchons près d’un Gaston fatigué également et ils s’endorment tous deux apaisés.

B13

Alban repart à 14 heures car il a rendez-vous à l'ambassade pour faire-faire le passeport de Lilie-Rose. Il va ensuite aller acheter des chaussures à Lilie-Rose car celles qu'elle a font un bruit de canard à chaque fois qu'elle marche. 

Pendant ce temps, je fais la découverte de ma fille.

Elle ne veut pas manger. Elle ne veut pas boire.

J'ai eu le malheur d'aller voir Manou dans sa chambre. En passant devant sa chambre, les femmes de ménage ont aperçu Lilie-Rose et cette dernière s'est précipitée dans leurs bras. Bien sûr !

J'ai mis plus d'un quart d'heure à la récupérer et je me suis précipitée dans ma chambre avec mon fardeau hurlant et mon Gaston excité.

Au bout de 10 minutes de cris, une femme de ménage est venue me voir dans la chambre mais je l'ai fait partir sans grand ménagement.

J'ai posé Lilie-Rose pour qu'elle refasse la même chose : se taire !

Alban est rentré. La soirée s'est terminée. Lilie-Rose a bu la moitié d'un biberon qu'elle a vomi avant d'aller se coucher...

Elle s'est endormie assez facilement.

Nous nous sommes dit que nous l'apprivoiserions le lendemain...

Gaston, de son côté, a été exemplaire. Il a été gentil, apaisant ! Un vrai grand frère donc je suis fière !

Il m'a dit : Maman, Lilie-Rose, elle a pas le même nom que moi en vietnamien car elle ne vient pas du même orpelinat. Il a tout compris. Je l'adore mon petit homme !

Je vous laisse et j'espère que demain je pourrais vous envoyer le premier sourire de Lilie-Rose. Pour l'heure, je suis inquiète car elle ne veut pas manger et boire. Vivement que nous nous posions au bord de la mer pour tous en profiter !

 

Rédigé par Sophie DOURRET

Publié dans #L'aventure de l'adoption au Vietnam

Repost 0
Commenter cet article

unepouledansmacuisine 12/07/2013 20:52

c'est très généreux de partager ce que vous vivez tous les 5 avec nous... l'adaptation se fera plus ou moins vite, tu le sais mieux que quiconque.
Je sourie en voyant cette jolie photo de toi avec lilie-rose, c'est plein de tendresse. bises

Joséphine 13/07/2013 10:16



Merci ma belle, c'est gentil ! Bizzzz



Kakou 12/07/2013 13:39

C'est encore une fois les yeux embués de larmes que je laisse un commentaire à ton récit qui est bouleversant ... Que de bouleversements pour vous tous en si peu de temps ... Qu'a t'on dit à
Lilie-Rose sur vous ? Que sait-elle sur son devenir ? Pauvre petite poupée ... Il va lui falloir du temps mais je suis sûre que Gaston va être le déclencheur de beaucoup de choses ...
Gros bisous

Joséphine 13/07/2013 10:03



Oui, je crois que Gaston sera le pivot de cette famille ! Merci pour ton message et grosses bizzzz



Jerome 12/07/2013 11:51

Témoignage très émouvant, et très dur à la fois.
Après toute cette attente, être confronté à ces nouvelles difficultés est encore plus difficile à vivre, courage.

Joséphine 13/07/2013 09:58



Merci beaucoup Jérôme ! Cela a été un moment très dur à vivre mais je savais qu'il serait derrière nous après. Maintenant, c'est que du bonheur ! Nous profitons de chaque jour et de chaque
transformation ! bizzz



Catherine 12/07/2013 10:43

Merci mille fois d'avoir partagé ces moments avec nous. Cathy a bien exprimé exactement ce que j'aurais voulu écrire ... pour nous qui, comme nous l'espérons, repartirons vers bb2 l'année prochaine
avec notre ainé, votre témoignage nous interpelle énormément.

Courage, je suis certaine que le temps fera son temps et que votre petite princesse vous offrira ces premiers sourires d'ici peu.

Joséphine 12/07/2013 12:08



merci à vous pour votre message d'encouragement. Grosses bizzz à vous et que vous puissiez partir chercher le plus vite possible votre enfant afin qu'il soit vite heureux ! Bisous



Cathy 12/07/2013 09:17

Chere Sophie,

Ton récit m'a bouleversé, le regard de ta fille m'a bouleversé, la maturité d'esprit de ton petit bonhomme m'a bouleversé aussi ... On sait qu'il faut se préparer à ce genre de réaction, elle est
naturelle... Et saine, car un enfant qui n'exprime rien serait beaucoup plus difficile à "comprendre"....on sait tout ça....mais le vivre...outchhhhhh c'est autre chose, même preparés, cette
violence est inouïe. Ta fille est sublime, elle a traversé bien des épreuves, maintenant, elle va se poser, chaque jour sera une victoire et Gaston va beaucoup aider à cette métamorphose j'en suis
convaincue. Restez bien dans votre bulle, ta princesse à besoin de repères, sortez le moins possible avec elle, vivez à 4 et la magie va opérer.
Merci pour ta générosité, partager votre expérience est de l'or pour nous!
Cathy, Seb et rose

Joséphine 12/07/2013 12:07



Nous sommes contents d'être à Phan Thiet même si nous aimerions être à la Maison pour poser notre poupée ! Nous posons des pierres chaque jour que nous cimentons ensuite d'amour. 


Merci pour votre message si gentil et partager c'est important à mes yeux pour que d'autres se prépare... Bizzzz